Ukraine, Palestine, Venezuela, Iran : l’irréversible défaite morale de l’Occident
Regis de Castelnau
Dans un article précédent, à propos de ce qui s’est passé en Iran, j’avais pointé l’hypocrisie des belles âmes dont la propagande s’est déchaînée pendant ces quelques jours. Le paroxysme de la crise semble être passé, une forme de calme s’être installé dans le pays, et il apparaît (pour l’instant) que les États-Unis auraient renoncé à l’intervention militaire directe. Si le déclenchement de cette crise s’enracinait dans un malaise social, il difficile de contester qu’elle a été également manipulée nourrie, organisée et surtout revendiquée par le nouvel axe du mal, l’alliance indéfectible entre Israël, l’État paria génocidaire et le pouvoir américain. Avec l’objectif évident d’aboutir au renversement de l’actuel régime iranien y compris par une agression militaire directe telle qu’elle avait déjà été entreprise au mois de juin dernier.Deux éléments ont caractérisé la séquence dans notre pays. D’abord le déferlement d’une propagande parfois délirante d’une caste médiatico-politique prise de passion pour les « femmes iraniennes » dont elle ne sait en général pas grand-chose, et persuadée, de la chute du « régime des mollahs » auquel elle réduit l’ancienne Perse. Mélange d’ignorance, de mensonges et d’hypocrisie cynique, assortis aussi il faut le dire d’une certaine bonne foi nourrie d’illusions et d’auto-intoxication. Faisant souvent perdre le sens commun à nos belles âmes, et prendre le risque du parfait ridicule, comme l’hilarante séquence d’un soi-disant imam enturbanné, intronisé par Christine Kelly sur Cnews, pour y faire concurrence en matière de sabir incompréhensible, à un Chalghoumi pourtant virtuose.
Le second aspect est relatif à la difficulté qu’il y avait à accéder à une information utile permettant d’avoir au moins une idée, ne serait-ce que partielle, de ce qui se passait en réalité. La propagande, parfois délirante a tout emporté. C’est alors que les belles âmes, sentant que le « régime change » commençait à avoir du plomb dans l’aile, ont commencé à se répandre en lamentations. Comment se faisait-il que la jeunesse ne réagisse pas et n’exprime pas sa solidarité ? Ni ne se mobilise pour cette si indiscutable bonne cause ? Où étaient les artistes ? Que faisait la presse de “gauche” ? Sur ce dernier point, caricature de double standard, tous ces médias restés muets sur le génocide de Gaza, quand ils ne l’ont pas justifié ou soutenu ouvertement, étaient intraitables de sévérité. En oubliant bien sûr qu'il n'y a pas de presse de gauche en France
Finalement, est-ce que ces deux éléments, ne sont pas les fruits de la double catastrophe morale du système occidental depuis maintenant quatre ans ? D’une part un système d’information incapable de faire accéder au réel, corrompu qu’il est par une propagande constante dans tous les domaines. Ensuite et le refus latent d’une opinion publique, en particulier dans la jeunesse, de cette duplicité confinant parfois à l’abjection dans le traitement de la tragédie palestinienne.
Jean-Noël Barrot virtuose du double standardJean-Noël Barrot, le personnage bizarroïde qui sert de ministre des Affaires étrangères à la France depuis quelques mois, incarne ces deux tares de façon chimiquement pure. Connu pour proférer à tort et à travers des mensonges délirants sur la guerre en Ukraine, il vient de donner à voir la quintessence du « double standard » dont l’ensemble de l’Occident use en permanence.
Donc, Jean-Noël barrot annonce triomphalement qu’il a convoqué l’ambassadeur d’Iran pour le tancer, et lui signifier que « le pays des droits de l’homme n’était pas content ».
Annonce revendiquée devant la représentation nationale par cette diatribe mécanique et dégoulinante d’insincérité, et marquée par une suffisance de donneur de leçons « à la française » que plus grand monde ne supporte sur la planète.
Et comment ne pas être scandalisé, non par cette convocation, mais par le sort soigneusement réservé en même temps à l’ambassadeur d’Israël en France. Depuis près de deux ans et demi, l’État qu’il représente se livre un massacre dans la bande de Gaza, dont l’affreux bilan s’alourdit tous les jours. Puisque malgré le cessez-le-feu des enfants qui sont les principales victimes de ce massacre continuent à être tués par centaines, par l’armée israélienne. On apprend quotidiennement de nouvelles exactions. Comme la proscription des organisations humanitaires, interdites de pallier l’organisation du terrible blocus alimentaire, ou la poursuite et la systématisation de la destruction de tous les équipements de la bande de Gaza. Tous ces éléments caractérisent au regard de tous les critères internationalement reconnus, qu’un génocide est en cours. Dans le même temps dans les territoires illégalement occupés de Cisjordanie, des colons israéliens protégés par l’armée se livrent à des pogroms quotidiens et souvent meurtriers, contre les populations palestiniennes. Pendant que le gouvernement détruit des habitations pour favoriser l’implantation de nouvelles colonies, qui relèvent en droit international de crime contre l’humanité. Pour cette « excellence » là, représentante de l’État paria, pas de convocation.
Malgré cette litanie d’horreurs, jamais Monsieur Barrot n’a envisagé une seule seconde de « convoquer » l’ambassadeur d’Israël en France. Celui-ci au contraire intervient en permanence directement ou indirectement par ses relais dans la politique française. La tirade de Jean-Noël Barrot à l’Assemblée nationale démontre que chez lui des absences de décence et de dignité, qui relèvent carrément de l’infirmité. Rassurez-vous, à aucun moment il n’aura honte. Quant à la reprise minutieuse de la propagande, si celle-ci est compréhensible chez les militants, ceux qui mènent des combats politiques, elle n’est pas acceptable de la part du ministre des Affaires étrangères de la France. Une des premières conséquences de cette intervention intempestive, sera malheureusement la difficulté de mobilisation en défense de ceux des Iraniens qui vont être confrontés à une répression qui s’annonce féroce. Parce que les hypocrites prises de parole de Jean-Noël Barrot sont le meilleur moyen de disqualifier la meilleure des causes. Et la garantie de ne pas être écouté.
Propagande stupide et mensonges marques des discours officielsLe traitement politico-médiatique occidental de la guerre en Ukraine a donné lieu depuis bientôt quatre ans à une propagande absolument grotesque. On ne reviendra pas ici sur tous les nanars auxquels nous avons eu droit, en France en particulier, ils sont trop nombreux. Les plus emblématiques étant les puces de machine à laver utilisées pour les missiles Oreshnik, et les assauts massifs de soldats russes uniquement armés de pelles. Des improbables ganaches, venant tapiner sur les chaînes d’info, aux expertes russophobes hallucinés, en passant par les hystériques sorties d’on ne sait où, les anciens agents secrets alcoolisés, les clochards intellectuels sortis de nulle part, nous avons eu droit à tout. Les responsables politiques de haut niveau, Président de la République, ministre de l’Économie, ministre des Affaires étrangères n’ont pas hésité à à mettre la main à la pâte. Pour nous annoncer l’effondrement de l’économie russe, et de son armée, avant d’affirmer le lendemain qu’ils allaient nous envahir ! Comment s’étonner que les opinions publiques occidentales considèrent, comme le montrent toutes les études, qu’elles ne peuvent absolument plus faire confiance aux systèmes d’information officiels. Où règne la propagande et le mensonge. Le Sud global l’a compris depuis longtemps, mais désormais cette défiance est partagée par les peuples d’Occident.
Et puis il y a bien sûr la catastrophe morale du soutien occidental explicite ou implicite au génocide du peuple palestinien. Génocide entrepris, de façon transparente, incontestable et visible par l’État d’Israël. Il y a bien évidemment la participation directe des États-Unis, mais également le soutien direct ou indirect, et la complaisance qui face à un événement de cette ampleur se rattache évidemment à la complicité. Comment peut-on s’aveugler alors, sur la passivité et le refus de l’opinion publique de s’engager au soutien de la cause du peuple iranien telle qu’on nous la présente ?
Ce désengagement est le fruit de l’énorme et double défaite morale subie par un Occident menteur et meurtrier depuis février 2022. Cynisme, mensonges, doubles standards, brutalité sans limite, hypocrisie, sont les caractéristiques de « L’ordre international fondé sur les règles » qui était l’outil théorique de la forme moderne de sa domination. Depuis l’intervention russe en Ukraine, il a volé en éclats. Au point que Donald Trump vient officiellement d’y renoncer avec l’agression du Venezuela et la promesse d’annexion du Groenland. Pourquoi se gêner ?
Alors, certains peuples occidentaux ne veulent plus suivre ces gouvernements menteurs, immoraux, minoritaires et illégitimes. S’ils renâclent et ont pour l’instant choisi la passivité, il n’est pas sûr que cela dure. Mais peut-être sera-t-il trop tard. Le mal est fait, le Nouveau Monde est non seulement parti sans nous, mais il s’organise contre nous. Le prix de cette défaite morale sera lourd.Les pays qui composent ce Nouveau Monde ont compris, et pour eux, maintenant le roi est nu.https://regisdecastelnau.substack.com/p/ukraine-palestine-venezuela-iran?utm_source=post-email-title&publication_id=1589016&post_id=184671771&utm_campaign=email-post-title&isFreemail=false&r=5p2ob&triedRedirect=true&utm_medium=email